Courbe des Taux Souverains au Maroc ; risque ou opportunité ?

Important : Cette publication présente une analyse personnelle fondée sur des données publiques de marché. Elle est fournie à titre informatif et ne constitue ni une recommandation d'investissement, ni une prévision économique.
Au Maroc, les taux des Bons du Trésor à 10 ans évoluent depuis plusieurs mois à des niveaux inférieurs à ceux observés dans la plupart des principales économies développées.
Une analyse comparative de l'évolution des taux souverains de la maturité pivot 10 ans, depuis 2008, réalisée sur un échantillon de 9 économies développées retenues en raison de leur poids dans l'économie mondiale et de leurs relations économiques avec le Maroc, met en évidence une situation relativement nouvelle : depuis la fin de l'année 2022, les Spreads entre le taux des Bons du Trésor marocains à 10 ans et ceux de ces pays sont devenus majoritairement négatifs. Cette évolution s'explique principalement par le resserrement monétaire engagé dans les économies développées afin de lutter contre les tensions inflationnistes, alors que les taux au Maroc sont demeurés relativement stables, avec une progression plutôt baissière.
L'analyse historique permet de distinguer trois grandes phases :
- Phase 1 (2008-2014) : période post-crise financière mondiale.
- Phase 2 (2015-2022) : période caractérisée par des politiques monétaires très accommodantes, des taux historiquement bas et une progression de l'endettement dans la plupart des économies développées.
- Phase 3 (depuis 2022) : période des guerres, marquée par le retour de l'inflation mondiale et les tensions géopolitiques, conduisant les principales banques centrales à relever significativement leurs taux directeurs.
Il convient également de rappeler qu'au cours de 2021/2022, une évolution similaire avait été observée au Maroc avant la correction haussière, rapide et significative des taux intervenue le 6 janvier 2023, s'est traduite par un rapprochement temporaire avec les niveaux observés à l'international. Depuis lors, les taux marocains ont évolué dans une dynamique plus baissière que celle constatée dans les principales économies développées. À titre d'illustration, la hausse cumulée des taux à 10 ans depuis fin 2021 est estimée à près de +100 pbs au Maroc, contre plus de 200 à 240 pbs dans la majorité des économies analysées.
Cette configuration est susceptible de contribuer à réduire le coût de financement du Trésor, à faciliter la maîtrise du déficit budgétaire et à soutenir les politiques publiques d'investissement et de relance économique. Néanmoins, cette situation soulève plusieurs interrogations. Si des taux durablement faibles constituent un avantage budgétaire, pourquoi les autres économies ne poursuivent-elles pas la même stratégie et pourquoi elles adoptent une politique haussière des taux ?
Parmi les facteurs pouvant expliquer ces écarts figurent notamment les objectifs propres à chaque banque centrale en matière de préserver l'attractivité de leurs monnaies, de contenir les pressions inflationnistes et de maintenir leur capacité à attirer les capitaux internationaux. Les niveaux de taux constituent ainsi un instrument majeur de politique économique et financière.
Dans le cas du Maroc, cette situation mérite une attention particulière au regard du processus de libéralisation progressive du dirham engagé par les autorités. Une éventuelle dépréciation du dirham dans un contexte de taux domestiques durablement inférieurs aux niveaux internationaux pourrait entraîner un risque de conversion accru et d’autres en conséquences à considérés.
